Mathilda May
Créations et performances

La compagnie

Compagnie des 2M

La Compagnie des 2M, créée en 2020 à l'initiative de Mathilda May et présidée par Renaud Clemençon, est née de plusieurs désirs.

Mathilda May en répétition avec la compagnie
En répétition

La compagnie est née de plusieurs désirs…

  1. I

    Un désir d'autonomie de la part de Mathilda May pour produire et développer ses projets, en alliant à la fois exigence et liberté artistique.

  2. II

    Un désir de créer des partenariats avec des institutions, construire ses spectacles en résidence dans des lieux qui soutiennent activement les artistes et bénéficier d'un réseau d'exploitation ouvert sur les projets innovants ou hybrides.

  3. III

    Un désir de s'inscrire dans un territoire, pour aller à la rencontre de la population locale, construire un rapport plus direct avec le public et ouvrir l'espace de travail.

  4. IV

    Un désir d'échanges plus diversifiés, pour dialoguer, s'inspirer et partager.

  5. V

    Enfin, le désir d'offrir à l'équipe de collaborateurs qui participent aux projets de Mathilda May des perspectives pérennes.

Teaser

Une lettre de Mathilda May

Au-delà des mots…

Mon écriture scénique est née d'un mélange et d'un désir. Le mélange des différentes disciplines pratiquées (la musique, la danse, le jeu) et le désir de créer un langage multiple, hybride et décloisonné.

Le choix de ne pas utiliser de mots dans mes spectacles s'explique entre autres, par l'envie de stimuler le spectateur en sollicitant son sens de l'observation, histoire de se connecter le plus directement possible les uns aux autres par l'immédiateté du ressenti. Ce langage organique et sans frontières rend le geste d'autant plus parlant que même s'il est accompagné de sons il ne l'est pas par la parole. Il peut alors prendre tout son sens propre, sa pleine dimension, son rythme et son élan, en partant du cœur de la vérité du sentiment, vers l'action.

Travailler l'expression physique permet d'alterner la puissance narrative du moindre détail et l'amplitude des grands mouvements dans l'espace scénique. Cette écriture est d'autant plus complexe qu'il s'agit de raconter des histoires sans paroles. Toujours dans un souci de clarté narrative, je cherche comment les personnages s'expriment au-delà des mots et comment s'articule le récit à travers les comportements des personnages dans une situation bien définie.

La formulation verbale est une interprétation ou une réaction à l'émotion. C'est le corps qui comprend l'environnement et qui réagit avant que le cerveau analyse et traduise ce qu'il perçoit par les mots.

L'écriture de mes spectacles est donc basée sur les réflexes premiers, sur l'essence même de nos perceptions, avant que le cerveau transforme, adapte et verbalise. Mon approche est axée sur l'expression des personnages par le corps, ce qui nécessite une observation comportementale accrue et un travail d'écriture minutieux. Chaque histoire nécessite une exploration profonde sur le ressenti des personnages. Ils sont décrits depuis « l'intérieur », autant par ce qui est visible (une posture, une démarche, ou même une immobilité) que par ce qu'ils cherchent à cacher.

Comme un retour vers les premiers instants de vie, la parole est transformée en borborygme (imitation musicalisée de la parole). Chaque comédien possède son texte écrit et bien défini. Le contexte imposé rend évidents les réflexes et ce qui peut être dit face à telle ou telle situation, puis, cette parole lorsqu'elle a lieu, devient une musique dont les intonations se joignent au geste pour faire sens. Les réactions deviennent alors des actions, incitant les comédiens à être totalement connectés pour interagir sans cesse entre eux.

L'écriture très précise de mes spectacles oriente le choix de mes distributions. Chaque comédien peut s'identifier au personnage qui lui est attribué, mais il reste toujours une part de réinvention du « texte » par son interprétation propre, ce qui permet une osmose puissante et charnelle entre le comédien et son personnage. L'écriture continue après chaque représentation (jusqu'à la dernière). Je fais évoluer les rôles et les enjeux pour que le spectacle reste toujours vivant et que jamais, le spectateur ait l'impression que les artistes savent déjà ce qui va « leur arriver ».

Cette forme exigeante crée une puissante interaction entre les comédiens, renforçant l'esprit de troupe.

La contrainte de l'écriture sans paroles intelligibles stimule la créativité des interprètes, ainsi que l'imaginaire du spectateur qui peut ainsi écrire sa propre version de l'histoire. Plus généralement, cette approche permet de prendre la pleine mesure de l'immensité des champs d'actions et d'expressions possibles. Pour moi, le corps est langage de façon encore plus parlante que le verbe. Ne dit-on pas que les gestes trahissent la pensée ? Nous choisissons les mots pour nous raconter, mais les mouvements de nos corps (et du visage) nous échappent, comme des signaux de vérité qui jaillissent, malgré nous, plus loin que ce qui est dit, et au-delà de ce qui est montré consciemment. Nous avons tant de moyens de nous comprendre et de dialoguer en notre possession ! Car finalement, tout est expressif, signifiant et parlant !

Mathilda MayMathilda May